Etymologie
Le mot Soufisme (At-Tasawwuf) trouverait son étymologie dans les mots :
/As sûf/ qui signifie en arabe la laine provenant du pelage des animaux et destiné à un type de vêtement qui était fréquent chez le Prophète et ses Compagnons .
/Ahlu Suffa/ ou /Ashâbu Suffa/ qui regroupaient les Compagnons les plus démunis à l’époque du Prophète et qui adoraient leur SEIGNEUR d’une façon vraiment pieuse près de sa mosquée sacrée.
/As Safwu/ qui désigne la pureté des croyants ; celle des cœurs, esprits, paroles et actes.
Bon nombre de personnes par ignorance par contre, croient que le Tasawwuf (Soufisme) est contraire à la Sharî’ah et la SUNNA, que c’est une chose spéciale tout à fait en marge de la religion. Il est important d’en donner des éclaircissements tout en répondant à au passage à quelques questions que nous avons souvent l’habitude d’entendre de la part de personnes extérieures à cette science à savoir :
- Pourquoi intégrer les Tariqâhs ?
- Quelle nécessité ont les aspirants à intégrer les Tarîqahs ?
- Pourquoi ne pas avoir un cheminement individuel ?
- Pourquoi ne pas exclure les guides spirituels de son cheminement ?
- Qu’est ce qui justifie le fait qu’un aspirant décide de prêter allégeance à un gnostique accompli ?
L’Homme a été créé dans le seul but de vouer servitude et adoration à ALLÂH à la Hauteur de Ses Attributs Sublimes et comme il se doit, comme nous le Renseigne le SAINT CORAN [Az-Zâriyat : Sourate 51 – Verset 56]. Cependant tout un chacun constate qu’il est extrêmement compliqué de faire cette Adoration de la façon la plus adéquate par une initiative personnelle et sans commettre d’erreurs, tout en honorant toujours toutes ses Obligations ou Devoirs envers Son CRÉATEUR .
En effet, L’Homme présente souvent d’une part, un manque de force ou d’énergie spirituelle nécessaire pour la libérer de la suprématie et la domination de son ego ; à l’image d’un individu arrêté, menotté et fait prisonnier par son propre âme qui le surveille avec une vigilance inouïe et le dirige comme bon le semble. Et d’autre part dans sa nature humaine (en général), il garde en lui des défauts ou vices dont il ne puisse se séparer seul, et qui font qu’il soit incapable de remplir toutes ses obligations et devoirs personnels comme spirituels. Ces méfaits menant en effet à la damnation et à la perdition, constituent les barrières entre la personne et ALLÂH .
Le soufisme permet d’enlever tous ces voiles. C’est la science permettant de réaliser l’évolution spirituelle et de guérir les maladies du cœur. Son mérite se trouve dans le fait qu’il est bâti sur Le CORAN et la SUNNA comme l’indique le Connaissant Al Junayd : « Notre voie-ci est bâtie solidement sur Le LIVRE et la SUNNA. Quiconque n’a pas bien appris Le LIVRE et n’écrit pas les Hadiths, ne doit pas être pris comme modèle dans cette voie. »
C’est la raison pour laquelle Cheikh Ahmad Ibn Mahammad AT-TIDJÂNÎ en parlant de sa définition, nous renseigne qu’ : « Il (le soufisme) consiste à suivre les recommandations Divines, à abandonner ses interdits dans ce qui est manifeste ou caché, de la façon voulue par ALLÂH et non comme on le veut. »
C’est une science qui mène vers une entière liberté et un affranchissement total de toute existence à part ALLÂH et qui permet à l’adepte d’incarner le [Verset 5 de la Sourate 1 (Fatiha)] :
﴾ C’est TOI (SEUL) que nous adorons, et c’est TOI (SEUL) dont nous implorons Secours ﴿.
L’acquisition de cette science est un devoir individuel pour tout un chacun. Ainsi pour bien l’affranchir, il est primordial de se tourner vers un guide capable « de t’aider à te libérer ». Comme l’allusion fait dans Le CORAN à ce guide : ﴾ Et quiconque IL Égare, tu ne trouveras alors pour lui aucun allié pour le mettre sur la bonne voie ﴿ [Verset 17 de la Sourate 18]. Ce dernier doit être clairement un détenteur de cette science, connu pour l’éducation spirituelle et la possession des remèdes des maladies du cœur, et portant en lui un degré spirituel assez élevé pour pouvoir réussir cette mission si délicate.
L’allégeance faite alors à ce guide spirituel n’est qu’une SUNNA qui formalise l’initiation tout en déclenchant une motivation inouïe chez l’aspirant en le conscientisant de l’importance des règles à respecter vis-à-vis de SON SEIGNEUR . Et comme il s’agit d’un engagement solennel envers ALLÂH pour accomplir un acte d’adoration très précis, seules les personnes qui pensent avoir la capacité de les respecter doivent le faire. Une fois accomplie ainsi, sa rétribution équivaut à celle d’un acte obligatoire de la loi (Sharî’ah) mais sa défaillance est un péché si c’est volontaire, et a pour conséquence une expiation si c’est involontaire.
Le soufisme et l’allégeance n’ont jamais été délaissés et ont toujours été pérennisés depuis l’Epoque Prophétique . Le célèbre Al Imâm Al Hâfiz Abû Nu’aym Al Asbuhânî dans son livre « Hilyatul Awliyâ » en guise d’illustration, relate la vie de 800 Grands Maîtres Soufis. Dans cette si belle et riche biographie : on retrouve clairement les 4 Khalifs bien-guidés (Al-Khulafâ’u r-Râshidûn) , les 10 promis au Paradis , les Compagnons (As-Sahâbas) et les Suivants (At Tâbi’ûn) en grand nombre, ainsi que tous les Savants qui se sont initiés dans le Tasawwuf des débuts de l’Islam jusqu’aux récentes générations.
Nous pouvons en citer entre autres :
- Malik Ibn Anas ,
- Ash Shâfi,
- Ahmad Ibn Hanbal et
- Abû Hanîfah
(les quatre grands Imâms fondateurs des grandes écoles juridiques)
- Uwayss Al Qarnî ,
- Hasan Al Basri ,
- Mâlik Ibn Dînar ,
- Imam Sufyân Ath Thawrî ,
- Abdullâh Ibn Al Mubâral Al Marwazî ,
- Al Fudayl Ibn ‘Iyâd ,
- Sayyidinâ ‘Alî Ibn Husayn Zaynul ‘âbidîn, et son fils ,
- Sayyidinâ Mohammad Al Bâqîr et son fils ,
- Sayyidinâ Jâfar As Sâdia etc.
Qu’ALLÂH les Agrée tous. Tous les grands Savants de l’Islam dans leur cheminement ont eu un guide spirituel ; d’autant plus que ce dernier est le moyen par lequel l’aspirant obtient Son Désir Unique qui est ALLÂH . Les Compagnons avaient comme Guide Spirituel le Prophète ; comme nous le renseigne le Hadith de Hanzhala ibn Rabî’ Al Asadî et rapporté par l’Imâm Muslim dans son Sahîh (Hadith n°2750) : « Il avait un état spirituel élevé et puissant par lequel il les éduquait ; de tel sorte qu’assister juste à son assemblée était comparable en terme d’élévation spirituelle à une permanence dans le Dhikr avec assistance ».
Les Maîtres Soufis tiennent ce rôle d’éducateur de Lui et ont aussi hérité de Lui la meilleure des sciences car s’attachant à l’Essence de l’Être Suprême . Ils ont une autorisation et donc une légitimité avérée auprès d’ALLÂH et Son Prophète du fait qu’ils le représentent le conformément au Hadith, rapporté par Abou Daoud n°3641 dans ses Sunan : « Les Savants sont les héritiers des Prophètes ».
C’est ainsi que le Brillant et Rayonnant Imâm Al Ghazâlî fait savoir que :
« Si l’on compilait la sagesse des sages, le savoir des Savants et la maîtrise des juristes , le tout n’aurait pas dépassé les paroles des Soufis , même pas d’un doigt … (Le soufisme). C’est une obligation pour tout un chacun parce que personne ne peut échapper aux défauts et maladies qui touchent le cœur, mais aussi aux comportements blâmables hormis les Prophètes ».
D’ailleurs au sujet de sa noblesse, le Grand Imâm Al Junayd fait comprendre que : « Si nous avions qu’il existe sous le toit du ciel une autre science plus noble que celle-ci, que nous évoquons avec nos Compagnons , je me serai alors précipité vers elle ».
Quant à son étymologie, le Grand Imâm Abul Qâsim Al Quchayrî qui vécut de 986 à 1073 du calendrier géorgien nous informe que :
« L’appellation des Soufis par ce nom débute lorsque les passions et les innovations ont commencé à faire surface à l’époque de l’Imâm Ahmad , donc c’est la raison pour laquelle toute personne qui s’accrochait au Livre (Le CORAN) et à la SUNNA et qui les mettait en application de la même manière que les Compagnons et les Suivants , était appelée Soufi, contrairement aux autres ».
En conséquent, on peut dire avec certitude que le soufisme n’est donc ni égarement, ni innovation. Il a même toujours été perçu chez ceux qui suivent la Tradition Prophétique et s’éloignent de toute innovation dans la religion (Ahl Us Sounnah Wal Djamâ’ah) comme l’Islam vécu au degré de la perfection.
Qu’ALLÂH nous Préserve et nous Inspire la purification dans l’intention ! Âmîne !
WALLÂHOU – Ta’âlâ – A’lam !!!
Shaykh Mouhammadoul Moustapha Mboup At Tidjânî
( الشيخ محمد المصطفى مبوب التجاني )